Foot hip hop : La révolution komball
Quand un enfant se met au foot, il veut juste s'amuser, taper dans un ballon.-Photo : Stéphanie Gros Komball
Avec les komballeurs, des amateurs qui jonglent et font le spectacle avec un ballon comme des pros, la révolution freestyle est en marche dans le football...
L'écran est noir. Il y a ce petit rythme de fond qui donne envie de bouger. Et d'un coup cet inconnu avec ses dreadlocks perce l'arrière-plan et se jette sur un ballon. Il coince le cuir entre les jambes, saute et tourne sur lui-même. Dans le même enchaînement, le rasta éjecte la balle en l'air, d'un coup de talon. Vite, il reprend de volée et décale en direction d'un Brésilien. Celui-là, tout le monde le connaît, il s'appelle Ronaldinho. Cette séquence a introduit la pub Nike diffusée en 2001. Le geste technique est signé Amadou Gueye, un Franco-Sénégalais. Il est l'un des pères du komball et a popularisé la discipline auprès du grand public. " Faire des figures avec un ballon, le concept existe depuis longtemps. Mais la nouvelle génération l'a développé ", précise Jean-Luc Veuthey, le réalisateur du film Komball, Master the Ball. Son DVD, sorti en 2006, est un concentré de foot freestyle qui a fait fureur dès sa sortie : 150 000 exemplaires vendus en six mois. Le même engouement est attendu pour le deuxième volume, en vente le 7 mai. " L'univers du fun, de la glisse avait déjà investi le ski, le surf ou le basket. Il n'y avait rien en foot. Vous vous rendez compte ? Dans le sport le plus populaire au monde ! " L'anomalie est quasi résorbée maintenant. " On nous appelle pour tout et n'importe quoi, confirme Bambi, la chef de file des filles dans la discipline. L'été dernier, durant la Coupe du Monde, j'ai jonglé avec Cauet pour Zidane il a marqué, ouvert le concert de Bob Sinclar et suis passée à la Star Ac'. C'est un truc de fou. "
" Les jeunes montent le son, attrapent un ballon et c'est parti ", ajoute Amadou Gueye, qui anime régulièrement des stages pour les enfants. La créativité est le mot-clé, à l'inverse du foot traditionnel où l'efficacité est plébiscitée. " Dans les centres de formation, les coaches disent de jouer à terre. C'est un peu militaire, regrette l'éducateur. Moi, je vous fais le pari que si on insérait du freestyle dans les entraînements, les pros seraient meilleurs. Ils maîtriseraient mieux la balle, au sol comme dans les airs, et joueraient encore plus vite. Aujourd'hui, peu sont capables de nous faire vraiment rêver, par leur technique avec le ballon. "
Les Harlem du foot
Le spectacle, les gestes à la " Zizou ", c'est pourtant ce qui amène le public au stade. " Le komball est complémentaire du foot traditionnel de ce point de vue, ajoute-t-il. Nous sommes en quelque sorte les Harlem Globe Trotters du ballon rond. Il y a tellement d'idées à développer autour de cette connivence. On pourrait, par exemple, imaginer que chaque club de Ligue 1 ait son équipe freestyle, pour animer les mi-temps et les avant-matches. "
Quelques grammes de bonne humeur dans un milieu où les enjeux prennent souvent le pas sur le jeu : " Quand un enfant se met au foot, il veut juste s'amuser, taper dans un ballon. C'est ce que l'on veut diffuser, ces notions de plaisir et de fun. C'est si simple à mettre en place : lors de la Coupe du Monde en Allemagne, on a organisé un contest de street foot en parallèle. La manifestation a rassemblé 1 000 gamins. Son coût a représenté dix jours de l'hébergement de monsieur Blatter, le président de la FIFA, à Berlin. " À petits moyens grandes ambitions.
Geoffroy Bresson